Jeudi 18 novembre, le Gouvernement de la Communauté française a confirmé sa volonté de fermer l’Athénée Royal de Watermael-Boitsfort La Brise au 1er septembre 2011. En réalité, la Ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet (cdH) et le Ministre en charge du Fonds des bâtiments scolaires, Jean-Marc Nollet (Ecolo) n’ont fait que confirmer la décision prise par le Gouvernement de la Communauté française le 7 octobre dernier.

Selon les Ministres, le coût de rénovation du bâtiment est jugé trop excessif – ce projet de rénovation n’a pas été repris dans les priorités du Ministre Nollet alors qu’il figure depuis des années dans la liste des bâtiments à rénover – et cette partie de la capitale ne souffrirait pas du boom démographique. Ce qui est, naturellement, archi-faux.

Alors que les majorités du côté francophone entre le Gouvernement bruxellois et le Gouvernement de la Communauté française sont rigoureusement identiques (PS-Ecolo-cdH), on constate, jour après jour, des déclarations étonnantes qui témoignent soit d’une totale hypocrisie, soit d’une incapacité notoire à discuter entre membres d’une même majorité.

« Je regrette cette décision prise sans aucune concertation » – Charles Picqué, Ministre-Président de la Région bruxelloise

« Il est essentiel de ne pas se baser uniquement sur les chiffres de population actuels et de prendre en considération tous les éléments futurs qui donne au dossier une toute autre perspective » – Christos Doulkeridis, Secrétaire d’Etat au Logement

Boom démographique en Région bruxelloise : les prévisions à court terme

A l’heure où la Communauté française décide de fermer une école à Bruxelles, la Région bruxelloise multiplie les études sur l’impact du boom démographique à Bruxelles. Les conclusions de la dernière étude disponible, « Etude relative à l’essor démographique sur les besoins en offre scolaire à Bruxelles », réalisée par l’Institut de statistiques bruxellois (IBSA) publiée en avril 2010, sont sans ambiguïtés.

Dans un courrier accompagnant la transmission de cette étude à la Conférence des Bourgmestres, Charles Picqué écrit : « Les résultats de cette étude sont impressionnants. A l’horizon 2015, il conviendrait de construire pas moins de 79 écoles sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale. Il en faudrait 34 dans le maternel (200 places), 39 dans le primaire (300 places) et 6 grandes écoles dans le secondaire (de 700 à 1.000 places) ».

Les conclusions de cette étude sont donc extrêmement claires. « La saturation actuelle des écoles bruxelloises est la conséquence de l’essor démographique en cours. Les prévisions démographiques de l’IBSA – basée sur celles du Bureau Fédéral du Plan – montrent que cet essor va aller en s’amplifiant. Il va continuer en maternelle dans les cinq années à venir, se propager en primaire sur la même période et jusqu’en 2020 au moins puis toucher le secondaire principalement à partir de 2015 ». Un tableau résume parfaitement l’enjeu démographique bruxellois :

Maternel Primaire Secondaire Période 2010-2015 + 7.000 + 11.000 + 4.700 Période 2015-2020 + 2.000 + 10.000 +7.800 Période 2010-2020 + 9.000 +21.000 + 12.500

On estime que Bruxelles comptera plus de 240.000 jeunes de moins de 14 ans dans dix ans, soit 6.000 de plus qu’aujourd’hui. En 10 ans, la population des moins de 3 ans va croître à Bruxelles de 18,6% pour atteindre le chiffre de 56.254 en 2020, soit 8.814 de plus qu’actuellement. La capacité d’accueil de l’enseignement à Bruxelles devra d’une manière ou d’une autre augmenter de 50%. Les besoins les plus urgents se situent dans l’enseignement maternel et primaire. Mais le secondaire n’en est pas moins concerné. Nous allons particulièrement nous concentrer sur l’enseignement secondaire, vu l’objet de cette conférence de presse directement lié à la fermeture de La Brise. Si on s’intéresse plus particulièrement à l’évolution de la population dans le secondaire, on constate donc (cfr : carte ci-dessous) que de 2010 à 2015, le nombre d’enfants bruxellois concernés par le secondaire va augmenter de 4.700 étudiants. Bien que cette croissance soit plus modérée que dans le primaire ou le maternel , elle est pourtant bien réelle puisque le nombre total d’étudiants dans le secondaire bruxellois passerait de 89.678 à 94.380, soit une augmentation de 5,2% en 5 ans. De 2015 à 2020, le nombre d’enfants concernés par le secondaire augmentera de près de 7.807 étudiants en passant de 94.380 à 102.187, soit une augmentation de 8,3% sur cinq ans. « C’est donc durant cette période que l’effort à porter en terme de créations d’écoles pour le secondaire sera le plus important », conclut l’étude (p.33). Il ne fait donc aucun doute que la saturation des écoles secondaires bruxelloises est programmée.

Le graphique ci-dessous détaille la capacité d’accueil relative dans l’enseignement secondaire en 2007-2008, soit le nombre de places dans le secondaire par rapport aux enfants de la commune concernés par cet enseignement.

Cette capacité d’accueil relative est, en moyenne pour la Région bruxelloise, de 1,21 place dans l’enseignement scolaire par enfant concerné par ce niveau d’enseignement. C’est naturellement dans le secondaire que les écoles attirent proportionnellement le plus d’élèves d’autres Régions (environs 18%).

Dans le graphique ci-dessous, on constate que sept communes (dont Auderghem) ne disposent pas d’une place dans l’enseignement secondaire par enfant concerné par ce niveau d’enseignement. Watermael-Boitsfort, en comptant la capacité de La Brise, arrive tout juste à satisfaire la demande de ses habitants sur son territoire mais se situe en-dessous de la moyenne régionale.

La saturation des écoles secondaires bruxelloises : la réalité d’aujourd’hui

L’argument principal avancé par la Communauté française pour justifier la fermeture de La Brise tient dans le fait que le nombre d’élèves n’atteint pas les 400 étudiants et que l’impact du boom démographique sera le plus fort dans le nord-ouest de Bruxelles. Cette analyse témoigne d’une connaissance approximative de la réalité de terrain. En effet, si l’on regarde la carte des écoles saturées actuellement (voir annexe – source : site de la CIRI), on pourrait penser que la situation est encore très favorable. Pourtant, si l’on analyse les choses d’un peu plus près, on se rend compte qu’il est totalement impossible de reporter les 328 élèves actuellement inscrits à La Brise sur les écoles secondaires situées dans un rayon de quelques kilomètres.

En théorie, comme le démontre le tableau de synthèse ci-dessous, dans les communes d’Auderghem et de Watermael-Boitsfort, il resterait 54 places théoriques disponibles, tous réseaux confondus. Mais ces places ne se répartissent évidemment pas de manière uniforme et concernent les six années d’enseignement. On ne peut donc pas faire facilement un transfert tel quel des élèves de La Brise vers ces différents établissements. C’est d’autant plus vrai que se pose tant la question des orientations (ex : La Brise dispose d’une option audiovisuelle qu’on ne retrouve dans aucun autre établissement) que du libre choix des parents. Il est inacceptable de fermer la SEULE école secondaire officielle et non confessionnelle sur le territoire d’une commune où cohabitent déjà 2 écoles secondaires du réseau libre. Ce faisant, on rend impossible l’obligation de garantir aux parents le libre choix de réseau d’enseignement. C’est d’autant plus vrai que le seul Athénée faisant partie du réseau de la Communauté française situé à proximité est l’Athénée Royal d’Auderghem qui est totalement saturé.

Fréquentation actuelle des écoles secondaires à Auderghem et Watermael-Boitsfort

Commune Ecole Inscrits Capacité maximum Places disponibles en théorie Auderghem Athénée Royal d’Auderghem 654 660 6 Saint-Julien 696 700 4 Val Duchesse 275 300 25 Total 1 1.625 1.660 35 Watermael-Boitsfort Assomption 562 575 13 Saint-Hubert 784 790 6 Total 2 1.346 1.365 19 Total 1 + 2 2.971 3.025 54

Conclusions

A la lecture de ces chiffres, plusieurs conclusions s’imposent : • Le boom démographique concerne l’ensemble de la Région bruxelloise même si certaines zones seront plus touchées que d’autres ; • On ferme une école dans un quartier où l’on construit actuellement plus de 316 logements (projet Ernotte) dans le cadre du Plan logement ce qui signifie, à terme, l’augmentation de population d’un millier de personnes ; • Les communes voisines mènent également d’importants programmes de constructions de centaines de logements dont Auderghem qui a vu sa population augmenter en conséquence (+ 1.500 personnes ces deux dernières années) ; • A l’heure où tous les responsables politiques plaident pour les politiques de mixité sociale, la Communauté française prend une décision qui vise à limiter le développement de cette mixité au sud de Bruxelles ; • Il y a lieu de s’interroger sur les vraies motivations de la Communauté française qui, en fermant cet établissement, pourrait réaliser une importante opération immobilière. Il est totalement inacceptable d’invoquer aujourd’hui l’importance du coût de rénovation comme justification de fermeture alors que c’est la Communauté française elle-même qui n’a jamais réalisé de travaux dans ce bâtiment qui est pourtant sa propriété ; • La non concertation entre le Gouvernement de la Communauté française et celui de la Région bruxelloise – composés des mêmes majorités francophones – démontre la nécessité de réorganiser l’espace francophone en formant un véritable Gouvernement francophone.

Source : Centre d’études Jacques Géorgin

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